"Fictions, Séries et Transformation digitale"

Westworld, l’éveil des super-robots ?

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« Mon premier vœu, c’est d’avoir droit à une infinité de vœux ». Tel est le souhait exprimé par l’humanoïde Maeve Millay (Thandie Newton), l’une des héroïnes de la série Westworld, lorsqu’elle réalise qu’elle a la possibilité de revoir à la hausse ses propres aptitudes, c’est-à-dire de « s’augmenter » elle-même. Décryptage d’une scène-clé de la première saison de Westworld.

L’intrigue de Westworld repose sur un thème classique des récits de science-fiction mettant en scène humains et robots : l’émancipation de la machine. Comme dans Blade Runner ou Ex Machina, l’humanoïde finit par se rebeller contre son créateur. Lorsque Maeve sort accidentellement de son état de veille et prend conscience de sa nature de robot, le premier ordre qu’elle donne à Felix, l’être humain qui gère sa maintenance, n’est pas de l’aider à s’évader mais à modifier la valeur de ses propres paramètres de personnalité (notés entre 0 et 20). La loyauté ? Trop élevée. La souffrance ? Idem. L’intelligence ? Poussons-la au maximum !

Le choix de Maeve est révélateur d’une volonté de prendre le contrôle de son propre destin sans renier son statut de machine : elle n’opte pas pour le caractère, l’intuition ou le sentiment, caractéristiques trop humaines qui la rendrait vulnérable, mais à l’inverse pour une intelligence virtuelle augmentée qui fait d’elle un super-robot. Westworld évite ainsi de retomber dans le cliché de la machine qui rêvait de devenir humaine : Maeve incarne une révolution numérique certes initiée par l’homme, mais aspirant à sa propre indépendance.

Personnage central d’une fiction mise en abyme (la fiction Westworld met elle-même en scène une fiction), Maeve se met peu à peu à dicter elle-même les prochaines étapes de son existence à son père-scénariste, plutôt que l’inverse. En poussant son intelligence au maximum, elle devient un personnage de fiction capable d’imposer sa propre dynamique à son créateur. En accédant à son propre panneau de configuration, Maeve réalise l’un des plus grands fantasmes humains : augmenter ses capacités les plus précieuses en quelques clics, sans fournir le moindre effort.


DKRYPTAGE

Le développement de l’intelligence artificielle (IA) nourrit aujourd’hui de nombreux fantasmes, et notamment celui du robot tout-puissant bien décidé à remplacer l’homme un jour. Pourtant, la réalité est encore bien loin d’une concurrence homme/machine. Loin du « super robot » Maeve, les formes actuelles de l’intelligence artificielle – moteurs de recherche, « chatbots », logiciels de reconnaissance vocale, voitures autonomes, robo-advisors… – nécessitent largement l’intervention humaine. Nous nous dirigeons bien plus vers un modèle de complémentarité que de remplacement. Aussi sophistiquée que puisse devenir leur intelligence, les machines, à l’instar de Maeve, resteront des machines !

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