"Fictions, Séries et Transformation digitale"

Sherlock ou la vie en réalité augmentée ?

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Réduire Sherlock Holmes à sa loupe, c’est comme réduire Spiderman à ses chaussettes : s’il n’avait eu que ça, il ne serait pas allé loin. Entre les microscopes dernier cri et les journaux londoniens qui révolutionnent alors la diffusion de l’information, le héros d’Arthur Conan Doyle se comporte dès sa conception – à la fin du XIXe siècle – en technophile averti. Dans la série phénomène que lui consacre la BBC, l’acteur Benedict Cumberbatch incarne ainsi un héros conscient de ses travers de nerd accro à son smartphone – mais aussi de ses capacités intellectuelles illimitées, restées hors du commun dans cette adaptation.

Retour sur trois facettes de ce héros technologique hors du commun

Le geek suspendu à son téléphone

Lorsque la BBC lance son adaptation « high-tech » des enquêtes du fameux détective, celui-ci s’entoure bien évidemment des outils les plus modernes, à commencer par un téléphone portable qui ne le quitte jamais et dont il se sert pour envoyer des textos à tout va. Sa première apparition, dans l’épisode pilote, se fait d’ailleurs sous forme de SMS groupés envoyés à une salle de journalistes. De la même manière que la loupe devient, sous la plume d’Arthur Conan Doyle, l’outil incontournable de tout détective qui se respecte, le smartphone incarne ce Holmes « new gen » entre les mains de Benedict Cumberbatch.

Une IA à la place du cœur ?

Le nouveau Sherlock de la BBC a cependant peu en commun avec les personnages de séries policières high-tech comme Les Experts ou NCIS. A l’exception de son téléphone et éventuellement de son usage de YouTube de temps en temps, Holmes mène avant tout l’enquête avec la plus perfectionnée, mais aussi la plus archaïque des machines à sa portée : son cerveau. Holmes apparaît ainsi comme l’équivalent de ces hackers capables de récupérer toutes les informations désirées, à ceci près que lui, est capable de hacker la réalité et de tirer de n’importe quelle situation des informations qui seraient restées cachées aux yeux du commun des mortels.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si dans les deux films consacrés à Holmes en 2009 et 2011, le rôle principal fut confié à l’acteur Robert Downey Jr, connu pour son incarnation d’Iron Man –  super-héros constamment entouré de technologies et rarement éloigné de son IA personnelle, dénommée Jarvis. Dans les films de la saga Iron Man, comme dans la série Sherlock, le visage de l’acteur principal apparaît régulièrement entouré d’écrans holographiques qui correspondent aux informations que lui envoie son IA . Dans Iron Man l’IA, c’est Jarvis ; dans Sherlock, elle n’est autre que le propre cerveau du personnage…

Sans verser dans la science-fiction – pas d’armure comme dans Iron Man, ni de potion magique comme dans LucySherlock invite néanmoins son spectateur à se glisser dans la peau d’un humain – pas tout à fait – augmenté.

La centrale d’informations

Dans Son dernier coup d’éclat, 3e épisode de la saison 3 de Sherlock, les scénaristes prennent ainsi un malin plaisir à laisser croire que l’odieux Charles Magnussen porte des lunettes connectées de sa fabrication pour mieux faire contrepoids à l’intelligence de son ennemi. Il se dote des dernières technologies de pointe pour contrer le superpouvoir de Holmes. Coup de théâtre : alors qu’on s’imagine voir des informations planer à côté des gens que Magnussen regarde – parce que celles-ci s’affichent sur ses verres – on finit par réaliser qu’il s’agit du même artifice de mise en scène emprunté à la réalité augmentée que dans le cas de notre héros. Depuis le début, ce n’est pas le personnage mais le spectateur qui dispose d’un accès privilégié à une expérience de réalité augmentée, voyant flotter dans le décor les informations qui transitent par l’esprit de ces moteurs de recherche surpuissants que sont Sherlock et Magnussen. Ou comment la fiction rêve d’une reconquête par les humains du titre de détective le plus puissant du monde – un certain « Google ».


DKRYPTAGE

Les technologies se sont engouffrées dans Sherlock et sont tout aussi présentes à l’écran que l’incroyable flair de son héros. La multitude de données qui apparaissent à l’écran – échanges de textos, mail, données GPS – reconstitue un univers en réalité augmentée. Qu’en est-il dans notre société aujourd’hui ?

Ce que nous voyons à l’écran n’est pas si éloigné de notre réalité. Malgré l’échec des Google Glass, la réalité augmentée fait bien partie intégrante de nos vies et pénètre même le monde de l’entreprise. Dans le secteur aéronautique, des tablettes numériques sont utilisées afin de superposer des images réelles aux maquettes virtuelles de l’avion, réduisant ainsi considérablement les fautes d’assemblage. Les applications les plus probantes se situeront sans doute dans le domaine de la santé : atténuation de la douleur, thérapies d’exposition, traitement des stress post-traumatiques et phobies, chirurgie robotique…

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