"Fictions, Séries et Transformation digitale"

Sherlock : l’interface sans frontières – Dkryptage avec David Banks

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@David Banks est chercheur interdisciplinaire, membre du comité organisateur de la conférence new-yorkaise « Théorisation du Web » et rédacteur en chef de Cyborgology. Pour les contributeurs du blog, on ne peut pas s’intéresser à la transformation digitale sans scruter les séries et les œuvres cinématographiques qui en dévoilent tout l’impact sur notre société. Si David Banks est un théoricien de la Toile, il affiche aussi ouvertement sa passion pour Star Trek que pour des séries comme Sherlock (BBC). Rencontre.

 

Comment la technologie est-elle représentée dans Sherlock ?

David Banks : Dans Sherlock, les textos échangés par le détective ne sont pas filmés sur l’écran de son téléphone, mais sont directement incorporés à la scène, en arrière-plan. Le mot apparaît comme du texte flottant, en mode popup. Un exemple : la scène culte du fameux SMS « Wrong! » dans l’épisode Une étude en rose où l’on voit  Sherlock envoyer un message masqué à tous les journalistes lors d’une conférence de presse.

 

Qu’apporte ce traitement particulier ? En quoi est-il original ?

David Banks : Ce procédé est unique et permet d’éviter le gros plan caméra sur l’écran du smartphone pour décrire ce qu’il s’y passe. On libère ainsi le héros du carcan de l’écran, trop petit et statique, pour retranscrire la vivacité d’esprit du personnage et donner du dynamisme et de la fluidité à la scène. Ce « divorce » du texte et de l’écran permet également de raconter en parallèle deux histoires différentes et complémentaires.

Séparer la donnée du personnage regardant son écran de portable rend par ailleurs la série plus atemporelle. On dépasse ainsi l’imagerie à la « Star Trek », où le focus sur la panoplie des technologies des années 60/90, comme le communicateur, fait rapidement apparaître la série comme  ringard aux yeux des nouvelles générations.

 

Que nous apprend ce procédé sur certaines tendances technologiques réelles, notamment  sur l’avenir des écrans et interfaces ?

David Banks : L’approche des réalisateurs traduit très bien les tendances qui sont en train d’émerger : certaines technologies comme les lentilles connectées tendent à faire disparaître les écrans et autres interfaces qui nous semblent aujourd’hui indispensables pour rendre visibles les informations que nous transmettons. Beaucoup d’artistes du digital défendent aujourd’hui l’idée que les informations sont désormais notre propre environnement et qu’elles vivent en dehors des écrans. C’est clairement à ce modèle que nous renvoie la série Sherlock.


DKRYPTAGE

Comme dans la série Sherlock, les frontières entre monde physique et numérique sont-elles en train de s’estomper ? C’est bien ce que semble suggérer le développement de la réalité mixte, qui suscite un fort engouement dans de multiples domaines d’application (formation, communication, santé, jeu, shopping, etc.). Cette réalité d’un nouveau type place en effet la technologie à l’arrière-plan, en plongeant l’utilisateur dans un univers composite, au sein duquel il peut interagir naturellement avec des objets physiques, des éléments digitaux ou des données. Les frontières matérielles sont dépassées et l’utilisateur dispose d’une pleine liberté d’action, sans être gêné par un clavier ; il devient maître de son expérience, qu’il contrôle avec ses gestes ou sa voix.

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