"Fictions, Séries et Transformation digitale"

Quand les assistants vocaux donnent le ton

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Plus tactile que jamais, la technologie interprète le moindre de nos mouvements. Pourtant, des fictions à contre-courant laissent entrevoir un futur technologique minimaliste où le web devient « ambiant » et où la voix permet de commander la machine sans avoir à lever le petit doigt. La preuve par trois exemples issus du cinéma et de la télévision du nouveau millénaire.

Moon (2009) : la voix de la raison

Digne descendant de 2001, l’Odyssée de l’espace, Moon dépeint la relation fusionnelle de Sam Bell – unique employé à la surveillance d’une station spatiale lunaire automatisée – avec Gerty, une interface mobile équipée d’un bras mécanique, d’un écran d’« humeur » s’affichant sous forme de smiley et d’une sortie vocale au ton monocorde. Mais contrairement à HAL 9000 qui finit par lutter pour sa propre survie dans le classique de Kubrick, Gerty ne perd jamais de vue sa fonction de voix de la raison pour un opérateur se sentant terriblement seul au point de devenir peu à peu victime d’hallucinations…

Black Mirror (depuis 2011) : une voix d’outre-tombe

En moins d’une demi-heure, l’épisode Be Right Back (2.01) de Black Mirror parvient à redonner vie au compagnon de Martha, Ash (« cendre »), victime d’un accident de la route meurtrier alors qu’ils venaient tout juste d’emménager dans leur maison de campagne. Leur relation renaît d’abord sous forme de chat puis de conversation téléphonique élaborée à partir de données publiques et privées du jeune homme. C’est après que les choses se gâtent : quand Ash reprend une apparence corporelle, sa présence devient suffocante… En attendant, le service proposé à Martha se démarque sur deux points : il ne prétend pas masquer le subterfuge (« C’est fou que je puisse te parler, non ? Je n’ai même pas de bouche », plaisante à ce sujet Ash) et n’a pas de véritable matérialité dans la mesure où il repose dans le cloud. De quoi l’emmener au bout du monde !

Her (2013) : un timbre de voix aphrodisiaque

L’une des plus brillantes idées d’Her est d’attribuer à Samantha, un système d’exploitation dont tombe rapidement amoureux le dépressif Theodore Twombly (Joaquin Phoenix), la voix suave et délicieusement éraillée de Scarlett Johansson. Car celle-ci ne se contente pas d’attribuer un « genre » à la machine (d’ailleurs choisi par Theodore lui-même) : elle lui confère une sexualité. Sans apparaître à l’écran, Johansson parvient à donner chair et volupté à une voix qui renverse toutes les barrières mentales de Theodore et lui redonne envie de croquer la vie à pleine dent.


DKRYPTAGE

Dans la réalité aussi, les applications à commande vocale commencent à se multiplier. De la machine à laver qui vous indique l’état d’avancement de votre dernière lessive à l’assistant virtuel de centre d’appel, la voix pourrait bien s’imposer comme le clavier de demain. Désormais, nos nouveaux interlocuteurs se nomment Siri, Alexa, Cortana ou Google Now. Interrogés pour la première fois sur leur utilisation des assistants vocaux, les Français sont déjà 29 % à déclarer y avoir recours, d’après notre étude dédiée aux Usages mobiles. Perfectibles, plus ou moins performants, ils sont en tout cas attentifs jusqu’au bout du micro à nos moindres besoins et nous écoutent même lorsque l’on ne s’y attend pas. Preuve en est, l’histoire rocambolesque d’Alexa, l’assistant vocal d’Amazon : lorsque le présentateur d’une chaîne télé a prononcé les noms « Alexa » et « maison de poupée », les Alexa de milliers de foyers se sont alors activées et ont, à tour de bras, commandé des maisons de poupée. Très attentifs à nos moindres paroles, leur capacité d’interprétation est encore loin d’être parfaite !

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